"Ça a commencé, je me souviens, par cette lancinante routine.

Le réveil ponctuel, 6h30.

Je me dirige droit vers la salle de bains, les gestes d'urgence, l'eau sur le visage, un visage que je dévisage, un visage que je reconnais de moins en moins,

Un matin reproduit à l'infini,

Je tourne la clé dans la serrure, je sors de l'immeuble, la bouche de métro m'avale, je suis emporté par le flot d'une armée de travailleurs, les héros des temps modernes, qui portent le même masque que moi. La délicate souffrance partagée. Je monte toujours dans la dernière rame, cinq stations plus tard, je ressors du métro, pour atteindre le seuil de mon entreprise. Chaque jour le même gardien et le même agent d'entretien, j'ai l'impression qu'ils appartiennent à l'immeuble, nous partageons le rituel du bonjour matinal. Un étage, je badge, la porte blindée s'ouvre.

Mon bureau est tout au bout du couloir à droite, 40 mètres, mon bureau, une pièce de 10m2, avec une plante verte, je ne sais pas depuis quand elle est là. Depuis toujours sans doute...

J'allume mon ordinateur comme un robot, identifiant, mot de passe,

Puis direction la cafétéria, c'est là que tout démarre.

Point de ralliement.

Je jauge mes collègues du regard.

Banalités du matin, anecdotes sans intérêt.

- Ça va?

L'irrésistible réponse, comme un lundi, obligations forgées par le temps. Au milieu de l'interminable couloir, le bureau du directeur, premier arrivé, donner l'exemple, passage incontournable,

- Bonjour Patrick, il faudra se caler une bilatérale ce mois-ci, n'oubliez pas de répondre à notre principal client, vous savez?

- Oui, oui, je vous tiens au courant, je vous mettrai en copie SANS AUCUNE PROBLÈME."

 

Texte écrit pour une pièce de théâtre, non pubiée, par Thierry Delhom.

Extrait de "Reconnaître le burn-out" aux éditions Eyrolles

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